SOS Kinshasa: Lettre Ouverte à Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République Française

****Congolese Flag -- Photo Mvemba Phezo Dizolele

****Congolese Flag — Photo Mvemba Phezo Dizolele

Lettre Ouverte à Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République Française

Monsieur le Président,

Les Kinois, les Congolais et SOS KINSHASA se posent la question sur l’opportunité de votre transit de quelques heures à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo ; le deuxième plus grand pays francophone par sa superficie et le premier par sa population. Votre passage éclair sur cette terre congolaise n’est même pas une visite travail, mais une simple visite de courtoisie.

En effet, votre petit tour de quatre bonnes heures est manifestement un manque de considération pour nos gouvernants et surtout pour notre peuple. Oui, Monsieur le Président, la RDC a consacré dans sa Constitution, le français comme langue officielle. Avec une population de plus de soixante millions d’habitants et un taux de croissance démographique annuel moyen de 2,9%, son système éducatif se fonde sur le français pour la dispensation du savoir. Il représente un potentiel énorme pour pérenniser la langue de Voltaire. C’est bien ce pays, par ses dimensions, que vous avez négligé pour un transit de quelques petites heures.

Négligez ! Avions-nous écrit ? Ce n’est pas tout à fait le cas ! Votre bourrasque sur notre terre n’est pas sans intérêt pour la France. Nous dirions même plus, pour l’économie française. Pouvions-nous oublier que les Etats n’ont que des intérêts et pas d’amis ? Que non ! C’est à ce titre que vous vous êtes fait accompagner de quelques grands capitaines de l’industrie française pour la conclusion de gros contrats. Ceux-ci sont assurément susceptibles de créer des emplois stables en France. Vous avez sélectionné les meilleurs, notamment Anne Lauvergeon, patronne d’Arreva pour l’acquisition de nos mines d’uranium de Shinkolobwe.

Mais en revanche, il y a peu, vous avez eu la maladresse de faire une prospective sur l’occupation d’une partie du territoire congolais par nos voisins à l’Est et le partage des richesses congolaises. Après avoir pris la mesure de la forte désapprobation du peuple congolais mobilisé comme un seul homme contre une prospective ignorante de la volonté irréversible de vivre ensemble, sur un même sol hérité de nos ancêtres, vous vous êtes ravisé à travers des réponses écrites dans une interview collective aux questions écrites préalablement déposées à votre ambassade à Kinshasa. Le mal est déjà fait, Monsieur le Président. Un grand homme d’Etat français en l’occurrence Prince Talleyrand de Périgord ne disait-il pas qu’il faut se méfier du premier mouvement car c’est toujours le bon.  Les Congolais savent ce qui vous intéresse en RD Congo : ce sont les richesses exploitables directement par les Français ou indirectement par les mêmes voisins, par ailleurs devenus anglophones, avec lesquels vous désirez rétablir des relations politiques et diplomatiques. Les Congolais ne partagent pas votre vision et désapprouvent votre initiative malveillante.
 
Votre visite éclair, aurait eu une signification et surtout un impact durable, si elle était inscrite dans le cadre d’une intervention humanitaire ; d’aider notre pays qui émerge des guerres civiles et des conflits imposés par nos voisins à se reconstruire. Votre visite aurait un sens si, en effet, au lieu de vous présenter comme un chasseur de gros contrats, la France se serait engagée à contribuer à la restauration et à la refondation des valeurs civiques essentielles d’une société éprise de paix à travers l’éducation. Danton, ne disait-il pas après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple. La participation active et massive de la France à la renaissance du système éducatif en RD Congo, dont les enseignements sont dispensés en français, serait la bienvenue et contrebalancerait vos sorties médiatiques regrettables sur l’avenir de notre pays.

Pourquoi l’éducation en français? Au-delà de l’héritage colonial, point n’est besoin de vous rappeler qu’elle permet de situer les relations ou les rapprochements culturels interethniques à travers une même langue. Le français sert de support interactif au niveau communicationnel national. Pour SOS KINSHASA, l’éducation, inversement à l’ignorance et la violence, est la fondation de la création de la richesse, de la paix, de la prospérité, en un mot du développement. Devrions-nous migrer culturellement vers l’anglais comme l’ont fait nos voisins pour bénéficier d’une telle assistance particulière ou d’une plus grande considération ? 

Ne pensez-vous pas qu’il serait de bon aloi de renforcer les capacités d’accueil du Centre Culturel Français, d’élargir sa bibliothèque et d’en créer plusieurs autres avec des facilités de recherche sur la toile dans toute la RDC ? Oui, Monsieur le Président, votre visite, si courte soit-elle, aurait été mieux appréciée si vous aviez offert aux élèves congolais des cycles primaire et secondaire du matériel didactique, aux étudiants des ouvrages et des instruments pour la recherche. Votre visite aurait été utile si la France avait décidé de participer au financement de la réhabilitation des écoles publiques et instituts supérieurs.

Malheureusement, tous ces fondamentaux ne font pas partis de votre agenda sur la RDC.

Par ailleurs, pour le respect de la dignité de nos compatriotes, Monsieur le Président, instruisez votre chancellerie à traiter les Congolais demandeurs de visas avec considération en introduisant des procédures humaines. Par exemple, la prise d’un rendez-vous au lieu de les obliger à faire la queue sous la pluie et sous le soleil. 

Etant donné que votre visite éclair n’est pas prioritaire face aux besoins primaires et aux intérêts des congolais, nous sommes au regret de vous dire, respectueusement, que celle-ci est totalement inopportune.

Kinshasa, le 23 mars 2009

       Nioni Masela                                                             Leny Ilondo Ye Nkoy
       Secrétaire Générale Adjointe                                                        Président

 

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